Sablière rouge.

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3–4 minutes

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La solitude est une pente glissante mais linéaire, comme un pont sans ces câbles qui le retiennent. Le ruban de Möbius.

La solitude, c’est être confronté aux regards des autres.

C’est laisser place au groupe et à la communauté.

C’est laisser place aux joies et aux rires d’une communion et d’un partage connectés.

Intimement nous la souhaitons, intimement nous la fuyons.

La solitude est un ralentissement du temps.

Je vais vous raconter l’histoire de Solanum. C’est dans ce jeu explaro-spatial que nous rencontrons Solanum, une Nomaï vivant sur la Lune quantique. Elle est la dernière Nomaï encore vivante dans le Système solaire.

« Vous et moi n’avons que peu de choses en commun. Et pourtant, cette rencontre a quelque chose d’unique. J’espère que vous ne m’en voudrez pas si j’éprouve de l’amitié à votre égard. »

Solanum grandit dans la Cité obscure de Sablière rouge. Enfant, elle jouait au jeu du Cœlacanthe avec ses amis Ilex, Laevi, Lami et Taget. À ce moment-là, elle était encore assez petite pour pouvoir grimper dans le trou du promontoire lophiiforme et ainsi atteindre le fossile du cœlacanthe. Dans l’Autel de l’Œil, elle a écrit que son père lui a dit que de nombreux Nomaï étaient morts lorsque leur clan était entré dans ce système solaire pour suivre le signal de l’Œil de l’ Univers. Elle s’est alors demandé si l’Œil avait voulu que cela se produise, et s’il n’était pas malveillant en fin de compte.

Le feu intérieur

La première fois que je l’ai vue, elle était là, assise près des flammes, comme si elle m’attendait depuis toujours. Le Quantum Moon oscillait entre ses états, mais elle, Solanum, restait immuable, un point fixe dans ce chaos temporel. Elle m’a souri, comme on sourit à un vieil ami, et m’a invité à m’asseoir. « Les autres devraient arriver bientôt », a-t-elle dit, les yeux brillants sous la lumière dansante du feu.

Je ne savais pas encore qu’elle était la dernière. La dernière Nomai. La dernière à se souvenir des rires autour de ce feu, des chansons partagées, des rêves échangés. Elle, elle savait que le temps était une boucle, que les étoiles mouraient et renaissaient sans cesse. Mais elle ignorait qu’elle était seule.

« Tu viens de loin ? » m’a-t-elle demandé, comme si la question avait un sens, ici, où le temps n’avait ni début ni fin. J’ai hoché la tête, sans oser lui dire que j’étais un voyageur perdu dans ses propres boucles, condamné, comme elle, à revivre les mêmes instants. Elle a ri, un rire léger, presque enfantin. « Moi aussi, je voyage. Enfin… je voyageais. »

Puis elle a regardé les flammes, et son sourire s’est estompé. « Parfois, je me demande s’ils m’ont oubliée. Ou si je ne suis plus qu’un écho, une ombre de ce qui a été. » Sa voix était calme, mais j’y ai entendu une fissure, comme une étoile qui se brise.

Je suis resté un moment, à écouter le crépitement du feu, à observer son visage éclairé par les braises. Elle parlait des autres, de ceux qui devraient être là, de ceux qui, peut-être, n’existaient plus. Et moi, je me demandais : et si elle savait, au fond, qu’elle était la dernière ? Et si elle choisissait simplement de ne pas y croire, pour que le feu continue de brûler, pour que l’attente ait encore un sens ?

Je savais déjà que, dans la prochaine boucle, elle serait à nouveau là, assise près des flammes, à attendre ceux qui ne viendront jamais.

Le péotique, c’est une tenue de langue qui réenflamme la vie, qui redonne le courage et l’envie de vivre et qui remet à hauteur la splendeur qu’est cette vie.

« Je crois que nous avons atteint le terme de notre voyage. Tout ce qu’il reste à faire, c’est de procéder à l’effondrement des innombrables possibilités qui s’offrent à nous. Voulez-vous apprendre ce qu’il adviendra ensuite ?»

  • « Pas encore. »
    • « Il est tentant de faire durer cet instant où chaque possibilité existe toujours. Mais à moins qu’un observateur ne les fasse s’effondrer, elles resteront à jamais de simples possibilités ».
  • « Oui. »
    • « J’admire votre curiosité. Découvrons-le ensemble. »

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